Prendre l’air

Qu’est-ce qui m’a pris de le suivre ?

Je suis partie avec ma valise et mes mensonges.

La suspicion est partout. Aucun port n’a permis l’accostage pour évacuer les malades. C’est le quatrième refus que le navire essuie. Notre errance se rallonge de jour en jour pendant que la contagion se répand. Nous sommes pourtant isolés dans nos cabines mais sournoisement le virus se mêle à l’air conditionné. Il saute d’un humain à l’autre, trouve refuge dans nos gorges, à la recherche de l’hôte idéal, celui qu’il colonisera jusqu’à l’insuffisance respiratoire.

Chaque nuit, malgré l’interdiction, j’ouvre la porte. La 301 résonne de cris d’angoisse, la 303 de pleurs discontinus. Je les écoute échanger des paroles de réconfort.

Dans la chaleur moite de la chambre, le moindre contact physique avec lui m’est devenu insupportable. Je sors prendre l’air sur le balcon mais ces relents iodés finissent par me rendre nauséeuse. Vue sur la mer à 360 degrés, de l’eau à perte de vue.

Ces mensonges que j’ai racontés à ma famille, sans penser aux conséquences, sans soupçonner qu’un virus se cacherait parmi nous et précipiterait ma vie au bord du précipice.

Demain, j’aurai peut-être le corps secoué par la fièvre, une détresse respiratoire ? Ma dernière image sera celle de mon fils, atterré, le regard inquiet ? Sortir de cet enfer !

 

Sylvia Cœurderoy