Indésirables

Punta Arenas, détroit de Magellan, vent du large et nuit douce. Le paquebot glisse le long des côtes chiliennes. Tout s’accélère et tout s’arrête. NO STOP, San Antonio. Frontières fermées, Chili devenu hermétique, déroute liquide. NO STOP, Valparaiso. Vivres, médicaments, carburant. NO STOP, Pérou. Le temps s’étire, l’espace rétrécit. NO STOP, paquebot Rotterdam. Transfert lent et pénible de quelques passagers. NO STOP, canal de Panama. Onde de choc, de solitude, d’angoisse. Jours qui s’éternisent devant cette échancrure d’eau au milieu des terres. STOP canal, NO STOP canal. Enfermés sur l’océan, espoir et désillusion ensemble dans mini-bar. STOP canal, NO STOP canal. Cabine aux fenêtres scellées, promesses politiques qui se noient dans leur jus. STOP canal, NO STOP. Et puis enfin passer ce foutu Panama sans comprendre pourquoi. NO STOP, mer des Caraïbes, ciel de traîne, pas une vague, la sérénité du Styx pour ceux qui voguent sans retour, embarqués avec leurs morts. NO STOP, Fort Lauderdale. La Floride préfère se contaminer toute seule, pas de débarquement sur ses plages. NO STOP, Port Everglades, gouverneur républicain, marionnette trumpiste et lampiste, armée déployée. Un matin ou un autre, devant tentes et réserves à oxygène, portes qui s’ouvrent soudain sur la quarantaine. « Long périple » conclut le commandant. STOP.

Valérie Cibot

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