Rafale

 

11 mai. Avis de grand vent à Bruxelles. « Le ciel n’est pas content », observe Électra, huit ans, qui partage ma cabine. Elle sait de quoi elle parle avec son prénom d’orage. Rafale, canapé. Depuis ce matin, on entend les sirènes des ambulances, celles, aussi, qui braillent à la radio qu’on va tous y passer… Électra me demande, entre deux défis lancés par l’institutrice sur le WhatsApp de la classe, si c’est vrai qu’on va tous y passer. Comment coupe-t-on le haut-parleur, sur le bateau ? Rafale, canapé. Mi-mars, j’étais fiévreuse, on venait d’être confinés et chantait les louanges d’une miraculeuse liberté : ah, que n’allions-nous pas faire de ce temps retrouvé ! Mi-mai, je suis fiévreuse, on vient d’être déconfinés et chante les louanges d’une miraculeuse liberté : ah, que n’allons-nous pas acheter dans les boutiques retrouvées ! Rafale, canapé. C’est beau la liberté, j’aimerais juste savoir pourquoi je ne suis jamais libre en même temps que les autres ? De cette traversée, je garde le sel dans le nez, les yeux, sel non identifié qui ronge les poumons, déboussole les vaisseaux sanguins… Rafale, canapé. De mars à mai, je n’ai pas fait mon pain. De mars à mai, j’ai essayé de tenir debout. D’autres sont tombées. Depuis le début de l’épidémie, 268 000 personnes sont mortes dans le monde. Rafale.

 

Sandra de Vivies

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