A vos marques

Bas les masques ! La brochure m’avait vendu du rêve sur papier glacé : une croisière remplie d’activités plus folles les unes que les autres. Et voici que la Covid a débarqué, sans être invitée. Résultat : on ne peut plus débarquer.

Sportivement, ras le bol de faire le poireau entre quatre murs sans même un vélo d’appartement. Certes je suis un athlète du dimanche mais en l’état, c’est sept jours sur sept que l’on est à la diète d’exercices. Je tourne en rond dans ma cabine et n’en peux plus de cette figure imposée.

Sur le paquebot, il y a une piscine de la taille d’un terrain de handball. Une belle piscine que l’on peut juste regarder en photo, pour ceux qui ont pensé à prendre un cliché avant l’isolement.

Dans ma salle de bain, je me fais couler un bain auquel j’ajoute deux trois glaçons et lorsqu’il m’arrive de bouillir, j’ai le droit de garder la tête froide aussi longtemps que mes capacités d’apnétiste me le permettent.

Mais la révolte a sonné.

J’ai un voisin bruyant, couloir C, qui a décidé de m’empêcher de dormir. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. J’ai décidé de mettre les voiles, de partir au gré du vent en me lançant le défi d’un marathon. Je vais attendre minuit et rien ne m’empêchera d’ouvrir ma porte. D’habitude, il faut suivre un itinéraire. Dans ma situation, je serai obligé d’improviser, le tout sera de continuer à courir coûte que coûte.

J’ai entendu parler d’un « mur » du marathon, un coup de mou qui surviendrait au-delà du trentième kilomètre. Comme je ne tiens pas à me retrouver dans les choux, je coupe la poire en deux : j’opte pour un vingt et un kilomètres, c’est déjà une belle balade. Je vais compter sur ma montre pour afficher mes performances, en plus de me donner le top départ.

J’ai consulté des sites spécialisés dans l’espoir de glaner un ou deux conseils : consommer des boissons glucidiques ou des gels énergétiques. Je m’en lave les mains de ces gels énergétiques, je ferai mon semi sans. Boire par petites gorgées et rester positif.

Si des gens veulent se joindre à moi, bienvenue. On fera un club « Cluster ». Ça ne m’étonnerait pas que d’autres croisiéristes se sentent des fourmis dans les jambes et se retrouvent à faire des tours de paquebot en même temps que moi. Il y a des limites : je ne m’attends pas à trouver de ravitaillement.

Bon, j’y vais et vous tiens au courant.

Florent Martinez
— Atelier Extra! 2020

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