Aux innocents la fête infinie

L’île est là,

Face à nous,

Miroir de notre navire,

Leurre de liberté

A sonné, — ohé ohé

Et chantent les ignorants.

*

Depuis son apparition nous ne dormons plus.

L’île est là qui concentre et attire les énergies comme les rêves –

Tout le monde rêve, mais tous ne s’en souviennent pas.

*

Un débarquement s’organise.

*

Pris.e en étau sous les latitudes diurnes, je ne quitte plus la cabine.

Que faire de ceux qui restent ?

Que faire du temps qu’il reste ?

*

L’imaginaire s’excite, les synapses s’ouvrent – c’est une île une boîte de pandore un Léviathan.

Tout le monde rêve, mais tous ne s’en souviennent pas.

*

L’assemblée générale a tranché. Deux canots seize personnes huit paires de rames.

La parité y est de mise et l’attirail des colon.nes soigneusement choisi.

Chacun.e un rôle précis, on tue l’héroïsme dans le jaune des œufs que nous ne mangeons plus.

*

L’île est une image standard, publicité d’une agence de voyage, elle ne semble pas plus vraie, dans son manteau verdâtre, que ce monde de plastique et cette machine de ferraille.

Aucun son n’en sort. On l’imaginerait ruisselante de glou-glous et de frissons :

Tout le monde rêve, mais tous ne s’en souviennent pas.

Le virus a rebattu les cartes, cette prison en vaut bien une autre.

*

Le départ des canots est prévu à huit heures, je les devance dans la nuit noire :

*

Minuit collant lycra au-dessus d’un boxer noir, chat ondoyant ni mâle ni femelle

Minuit trente l’escalier d’acier ne commet pas de traîtrise sous le poids de mon corps

Une heure perché.e sur le pont l’embrun ne me mouille pas

Une heure trente les piliers du bar rentrent dans leur tanière,

*

Deux heures susurrent les veilleurs

Trois heures chute d’un livre sur le sol d’une cabine

Trois heures trente j’enfonce l’aiguille entre le col et la vertèbre

Trois heures trente-sept la porte n’oppose aucune résistance,

Le monde des objets s’est ligué contre les innocents —

Je ne le suis pas et je descends des Psylles.

*

Quatre heures ma jambe n’offre pas au bastingage la caresse qu’il attend

Ni mon corps ne soulève la mer – de celles qui ne dorment jamais

*

Cinq heures forêt noire je reste héros de l’histoire,

Premier à toucher la terre élue.

*

Il faut maintenant rentrer avant le sixième coup :

Ne surtout pas rater la fête

De celles et ceux qui dansent sur le mirage de la rédemption.

*

Tout le monde rêve, mais tous ne s’en souviennent pas.

Dans un monde qui s’écroule tenez-vous vos promesses ?

*

Eulalie Garel
— Atelier Extra! 2020

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