Les restes d’une écume grise

À l’encre d’écume, j’ai écrit ce poème assis sur ma couchette

Je tourne et vire en ma cabine
Sans autre relief à saisir que le murmure des flots
En dessous du hublot ou au-dessus
Je ne sais plus tant le navire tangue
Coincé pourtant dans la pétole
– Pour combien de temps ? hurle à côté la voisine aux cheveux de cendre
Comment lui répondre que les jours s’enchaînent et n’y voyons que du feu
Depuis tant de semaines la cale est sèche le roulis absent la tempête s’annonce
N’avançons plus qu’à coup de qui sait de ah bon de demain peut-être
Tandis que ruisselle en silence le sang et la sueur des sacrifiés
Leur courage inonde l’espace et nous, nous restons cois
Se vêtir de peu pour affronter le naufrage
Sans d’autres vivres que les plumes envolées des oiseaux de passage
Les nuits les jours même rengaine même tempo même images au creux du crâne
Il n’y a plus que cloisons étanches
Effritées pourtant
Sans plus d’autre substance à filtrer que les sons des voix tues
Entre les ponts se terrent les raclements de gorge
Les filaments de peaux passées par là je ne sais plus quand
Les restes d’une écume grise
Les fragments de semelles les toux rauques
Les crachats sur les cercueils hissés puis délaissés
Les ombres de chaque passage évanoui
Il n’y a que des trésors enfouis sans aplomb
Lorsque nos mains se meuvent vers le creux des parois
Les passages de quelques ondes en flocons au fil de l’eau
Et l’horizon en dégradé de blanc pour écrire nos rêves…

Éric Schulthess

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