Clap yeah

C’était coulée douce jusqu’à l’annonce du commandant, et de la contamination. Et les ports, les portes, fermés. En cage. On flotte peut-être, on flaire surtout l’air conditionné. Inutile d’aller se frotter aux parapets poissés, de raser les coursives de la ville-paquebot-bling-bling, on râpe à force de cent pas et de tourner pas rond la moquette désinfectée, chacun cloîtré dans sa cabine aux draps de soie. Cloisons dorées. On prend la taille du costume, le dernier qui sait ? On serre la Rolex au poignet et son métronome implacable. Le tic-tac pendule, pendouille au nez, épée de Damoclès 24 carats. Depuis l’annonce, chacun s’épie. Trois cabines en décontamination au bout du pont C, un mort. Ça se rapproche doucement. Et la morveuse bleue qui nargue, mare lisse, se marre, de sa morgue liquide. Elle nous tient dans sa nasse poissonneuse et nous flottons, ventre mou, lourd, putride, d’oies gavées infectées. Le costume gêne aux entournures. Grugés dans notre enfermement scintillant, notre bidon-continent à la dérive, nous buvons à même la peur bleue, la frousse du sel, du ciel, du soufre. « Ô que ma quille éclate ! Ô que j’aille à la mer ! » et peut-être confiteor confinés confirmer ainsi la liste de nos morts sur la conscience, des noyés de nos finances, des tombereaux de nos manigances. Combien de cris rentrés et de courses de langues de bois mordues, à tombeau ouvert ? Combien ? Poids, poix, poisse de notre indécence. Pouah ! En finir là. Un clapier de luxe reste un clapier.

Florence Ramos

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