D666 : L’Épreuve

Partout je suis cerné par les choses que j’ai investies d’un impératif catégorique. Le fauteuil m’exhorte à l’ouvrage, la table me rappelle à l’ordre, le tapis à la culture physique. Un œil me regarde et me transperce. Mon analyste me rappelle qu’il ne faut pas confondre le regard et la vision ; regarder est un acte de l’attention alors que voir est une faculté passive. Je ne peux m’empêcher de penser à L’homme qui regarde d’Alberto Moravia et à la réciprocité qui excite tant le voyeur. J’imagine que la vue apprécie que l’on sente son pouvoir et sa présence, que l’épié aime à se conformer à l’attente de l’épieur.

Je me promène comme un fantôme sans forces, poursuivi par le même œil culpabilisant qui torturait Caïn. Quelque chose me voit sans me regarder, si bien que je ne peux pas échapper à sa diligence, je ne peux pas ruser contre ce qui n’a pas l’intention de me regarder ; je suis seulement vu et perçu par un œil invisible. Il juge tout ce que je fais, perçoit le moindre cas de conscience. Si dans le tumulte de la ville je parviens parfois à oublier cette pénible inquisition, elle me rattrape dans le moindre moment d’accalmie.

Je commence à éprouver et à comprendre la rigueur que s’imposaient les reclus.

Robin Devaux

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