Feu roman

ici même ta vie de con finit là.
résidence d’auteur naufrage toumonde s’en fout personne ne sait ton idée noire d’un thriller best-seller.

ici tu te réveilles devant le hublot derrière lequel tu joues à la vie à l’écriture à l’amour assassin.
et le monde tourne mollement à vitesse de croisière.

là tu vois le bord du bastingage plus mou que toi encore et là soudain toi et toi-même subitement jetés ici même cabine scellée parmi les fragments d’autres désirs t’empêchent d’écrire et d’aller jusqu’au bout de kèkchose.
tout au bout du pont C par exemple.
à l’étrave de ta vie de vendu (on t’a dit 10 pourcent sur chaque exemplaire).

ici les semaines les heures les boutiques fermées la piscine vidée arbres et fleurs en plastique le cinéma écran blanc et désert le dancing les chiwawas à mémères bagousées solitaires.
qui jappent sans masque dans les couloirs et immense le ciel aux coins recoins des corridors étoiles lassées ici même scintillant rai de lune aouh-aouh.

là tu t’endors couleur bleu dans l’ombre naze et seul dans cette cellule glacée (on t’a dit 10 degrés ça conserve les cadavres).
et ton lit ta couchette fiévreuse est si peuplé des déchets de tes rêves que tu arrives à peine à tourner d’une épaule à l’autre épaule en frottant tes hanches nues osseuses contre les gravats denses des draps mous.

inexorablement monde aux arrêts se remplit ici même.
remplit l’ici mobile qui vague en vague court à vau l’eau remplit les pages : géante morgue flottante où les repas sont livrés heures fixes cène finale ciao bisou.

tu peux distinguer à peine déjà les bords séparant l’une à l’autre et l’autre à l’une les choses ici même les choses les semaines espace et temps virent flous-flous et blêmes.

pierre contre pierre le feu mort du roman prend comme ça et con finit ici même.

tout ça tout ça goodbye…

 

Pierre Guéry