La Vacance de Monsieur Hublot

Rien ne sort par un hublot, sauf peut-être la fumée des petites gitanes, ou le murmure de ceux qui les fument tout bas.

En arrivant dans cette cabine je n’imaginais pas que la fenêtre me ferait oublier la porte, pourtant fille des mêmes cloisons. Rendons-nous à l’évidence, hublot n’est pas fenêtre, et quand il est condamné, cette fermeture à perpète tient souvent d’une lourde peine vitrifiée.
Trop climatisé, l’air recyclé de l’habitacle charrie les molécules oubliées là par les passagers précédents.
À ce loto olfactif, on gagne – ou on perd – les fragrances coco de croisiéristes rougis ou cent retours tabac froid, prisés et reprisés.

Cabine ou cellule ? Allongé, nez en l’air et avant-bras sur le front, j’ai en vue un horizon que je rends à volonté parallèle aux arêtes de ce cube que j’habite. Choisissant mon assiette, je deviens capitaine, me consolant enfin de toute l’absurdité du plein soleil désœuvré dont toi hublot tu me sépares.
N’as-tu rien d’autre à montrer qu’une orgie horizontale de bleus grossiers entre ciel et mer?
Rien de plus qu’un trait abstrait entre deux éléments quittés par leurs dieux.

« Quand le doigt montre la mer, le sage regarde le hublot ».
Enchâssé dans l’acier, tu me fais penser à la boîte de sardines rangée dans mon placard, une jolie boite rectangulaire aux bords arrondis pour te ressembler un peu. Jolie boîte oui, toute décorée qu’elle est de dessins naïfs. 2020, nous voici donc, nouvelles sardines millésimées, une par boîte, coincées entre vide reclus et voies sans issue.

Monsieur Hublot, dans cette vacance je me suis donné un jour pour t’écrire.
Pas de quille à ce bateau, alors j’envoie, poste restante.
Un jour de plus, ça pue la trouille.

 

Phil M.