L’axolotl

Je me réveille en nage, mais soulagée de sortir de cette nuit agitée, vertigineuse. Les mains crispées sur mes tempes, mon cœur bat fort dans ma tête. Je décide sans hésiter d’appeler la réception. Malgré la distance très courte qui me sépare du téléphone posé sur la table de nuit mon bras tétanisé ne peut l’atteindre.

Je m’avance au bord du lit avec précaution et j’appelle. Je découvre une voix, la mienne, granuleuse, étrangère, je racle ma gorge pour l’éclaircir mais sans effet. Une infirmière va passer. Je suis rassurée. Je cherche de la main à tâtons mes lunettes sur la table de nuit, mais ma vue comme mon esprit sont flou et opaque. Je pense :« Les symptômes du virus !! ». Mes yeux grands ouverts, écarquillés refusent de se fermer. De la pulpe de mes doigts je les sens gonflés et d’une texture molle et froide. J’ai des grains de sable dans les yeux.

Le drap au-dessus de la tête pour masquer la lumière du jour, j’attends immobile et résignée, au chaud dans mon cocon. Les bras collés le long de mon torse et les jambes étirées j’évite tout mouvement .Dans le silence de ma cabine devenue chambre, mon attention est concentrée sur ce corps douloureux .Peu à peu, je sens mes doigts se recroqueviller tels des crochets et mes genoux remonter vers mon visage dans un bruit de craquement sec et continu, sans que je fasse le moindre geste. Le corps engourdi par des fourmillements je tente de résister mais sans volonté, me débattre est impossible, crier aussi, mes gestes sont blancs, silencieux, sans impact.

Je distingue avec une acuité nouvelle et renforcée les reliefs de mon espace clos à 360 degrés. Les couleurs fondues sont baignées d’or, malgré la pénombre! Légère, ballotée par les vagues, je suis projetée dans un puits sans fond. Je sombre vers un point fixe toujours plus bas, aspirée par les profondeurs d’une mer bleu nuit. Je veux m’endormir et effacer de ma mémoire cette métamorphose mais c’est moi qui, embarquée dans ce paquebot fantôme, dérive dans ma chambre en petit amphibien transparent et rose.

Submergée par ces visions marines, je me vois dans la vitre du hublot de ma cabine, tel un axolotl dans son bocal.

Dans le lit, les draps marquent à peine le léger renflement de mon corps.

Irith
— Atelier Extra! 2020

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