L’étrange rescapée

Nous voilà sur le pont inondé de lumière et noir de passagers, prêts à quitter le navire. C’est la première fois que nous nous retrouvons si nombreux réunis en un seul endroit trop petit pour accueillir tout ce monde.

Il faut jouer des coudes pour se frayer un passage et faire partie de la vague qui va quitter le navire. Alors, c’est tous ensemble que nous rentrons dans la danse des flots, méconnaissables tant nous apparaissons déguisés et défigurés avec nos masques et nos mines défaites.

C’est là que tout à coup, je me sens seule, envahie d’un sentiment que je n’arrive pas à décrypter et d’une question : comment va se faire le transfert sur l’île ?

Il faut mouiller la chemise pour passer du navire à la berge afin de parcourir les mètres qui me séparent de l’île.

Plus on approche, plus je sens monter en moi un sentiment inqualifiable qui m’enveloppe de la tête aux pieds et j’ai du mal à respirer, à retrouver mon souffle.

Sans comprendre vraiment ce qui m’arrive, me voilà prise en étau au milieu des autres passagers, incapable de bouger un seul de mes membres et les questions défilent dans ma tête : serais-je obligée de nager jusqu’à l’île ? Y a t-il des canots et sont-ils en nombre suffisant ? Comment faire pour gagner ma place dans un canot ?

Une chose est sûre, c’est qu’il nous est demandé de quitter ce paquebot et d’aller sur cette île. Ce n’est pas le moment d’aller à contre-courant des décisions prises.

Ce que je ne dis pas, c’est que je ne sais pas nager.

Ma seule question est : comment éviter la noyade tout en faisant le grand saut ?

J’ai l’impression de manquer déjà d’air. Alors, il faut que je me laisse porter par la marée humaine pour aller jusqu’à l’un des canots prévus pour la traversée.

J’enfile, comme un automate, le gilet de sauvetage et c’est d’un pas peu assuré que j’entre dans cette
embarcation.

Je ne sais ni que dire ni quoi faire. Je suis pétrifiée. Je ne suis que l’ombre de moi-même.

La traversée se fait battue par les vagues prêtes à faire chavirer l’embarcation.

Nous débarquons sur l’île où je me sens étrangère aux autres et étrangère à moi-même.

Aurore Zandronis
— Atelier Extra! 2020

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s