Mirage de tourmaline

La suspension flottante

Les nuages se replient les uns sur les autres,

dans un millefeuille d’ennui,

les pupilles des dieux nous fixent,

jaunes, flamboyantes, comme des pissenlits.

Le sphinx attend la chute du ciel

comme un agneau sur un plateau d’argent ;

à table un banquet de souvenirs,

les chaises laissent place aux absents.

*

Il ne reste que la terre qui se dépose

entre les fins joints du carrelage

pour la joie des blattes et des acariens,

à bord, de la nature, il n’y a qu’un sarcophage.

J’attends sous le soleil iodé,

sous clé dans le ventre en métal

d’un paquebot qui navigue sans pitié,

dansant sans arrêt son carnaval.

*

La traversée mentale

Bientôt nous pourrons effleurer

les méduses traversées d’électriques frissons,

franchir l’océan, et au boulier compter :

son sable vert en fond de bouteille,

l’épiderme sans peau des poissons,

les barrières de coraux et les algues noir corneille.

Le hublot épais s’offusque sous le flux de l’haleine,

les craquelures des cristaux blanchissent,

l’horizon durcit en porcelaine,

les vagues de mousse frémissent …

*

La poussée de l’horizon

Une plage gazeuse s’étend au rivage,

parmi les galets, les mollusques scintillent,

les sirènes attendent perchées aux échafaudages.

Une arche en fumée industrielle

couvre une mine de pierres précieuses,

les serpents aux griffes vénéneuses

se tortillent dans leur peau mercurielle.

*

Près des glaciers se trouve une forêt de lianes,

les chameaux sèchent dans la paille du désert,

les tuyaux d’échappement enfument les cabanes,

leurs habitants se mettent souvent au vert.

*

Les crabes se déplacent en vitesse

avec leurs six paires de pinces,

des arbres, se penchent les singes

qui discutent en toute politesse.

*

La tombée de la désillusion

Soudainement une branche m’attrape

avec ses extrémités bourgeonnantes,

me voici face à une créature géante,

elle m’adresse un regard qui frappe.

*

Je sursaute et tout à coup réalise

que la force de gravité me regagne,

les membres fourmillent dans la paralyse,

les paupières font le poids des montagnes.

Les mèches se décollent du visage,

le corps reprend son engrenage,

les oreilles se tendent alertes,

il n’y a pas de bruit dans l’éveil,

c’est au cœur d’une grande île déserte

que mon esprit étonné baille,

c’est dans une fine cabane de paille

que je sors du nébuleux sommeil.

Elisabetta Cunegatti
— Atelier Extra! 2020

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