Ouverture

 

Sur le pont, seule, avec cette douce lumière orangée.
Je porte à mes lèvres une cigarette.
Pour quelques minutes, la bouffée m’envahit d’une liberté furtive.
Pour ne pas sombrer encore.
Aspirer et souffler dans l’air pour me raccrocher à mon intérieur.
Étrange d’en passer par cet artifice pour se croire toujours vivant.
Mais dans ce temps, il redevient nécessaire.
Fermant les yeux, je laisse le vent me caresser le visage.
J’écoute la mer s’amuser à résonner sur la coque du bateau. Imperturbable.
Je me laisse bercer. L’espace s’ouvre en moi. Le temps n’existe plus. Je suis là, ici et maintenant.

Je ne suis plus seule. Une ombre me rejoint.
Une jeune femme vient partager un moment d’évasion.
Pas besoin de croiser nos regards. Nos présences se rejoignent.
Pas besoin de mots. A force de trop en entendre, ils nous ont intoxiqués.

Si l’oreille est attentive, elle vient se heurter à une réalité qu’on ne peut nier.
De l’intérieur du navire se nouent toutes ces lamentations étouffées.
Devant le silence de l’horizon, le brouhaha s’empare du pont.
Il est temps de revenir en abordage.

A l’intérieur de ma main, le mégot consumé jusqu’à ce qui n’est plus.
Un dernier coup d’œil au soleil levant.
Une dernière bouffée d’oxygène.
Un dernier souffle serein et plein.
Je m’élance vers le dedans étouffé et fatigué.
Sans oublier d’esquisser un sourire à ce visage. Qui m’accompagne. Camarade.

Florine Mullard