voyage intergAlactique

Cabine D214

10 Mars

Je suis confinée…nous sommes confinés…tant mieux…j’en avais marre de faire la queue à cette horrible cantine. Maintenant, un astronaute me dépose mon repas par terre devant ma porte. Il cogne pour me prévenir de sa présence et me dit deux mots gentils. Je lui réponds et la conversation démarre. Il est gentil…je le sens. Quand j’entends des applaudissements, je sais qu’il approche…

« Alors, je lui ai dit le premier jour, il y a un spectacle dans le coin ?

– Non, il m’a répondu, ce sont vos voisins qui m’applaudissent ! » et il a ri.

Moi aussi.

La glace a été rompue. Enfin, c’est ce que je croyais.

L’autre jour, j’ai ouvert la porte pour l’admirer. Il a reculé avec effroi…j’ai failli tout gâcher. Dommage ! j’aime bien être servi par un extra-terrestre…il est beau dans sa combinaison et avec sa visière.

Tous les jours, je lui dis qu’il me fait rêver avec son accoutrement. Grace à lui je m’imagine que je suis dans un vaisseau spatial…je lui serine ça tous les jours…tous les jours, mais je n’ouvre plus…je ne veux pas lui faire peur…pourtant il ne risque rien avec une vieille dame comme moi…ah, ces jeunes…c’est fragile ! Il faut les apprivoiser ! Il faut du temps avec eux…moi, je n’en ai plus beaucoup.

22 mars

Aujourd’hui, j’ai décidé d’ouvrir ma porte pour admirer le froussard. J’ai besoin de voir un être humain pour ma santé psychique. J’espère l’avoir convaincu qu’avec sa panoplie nous ne risquons rien ni l’un ni l’autre question sanitaire et qu’en plus ça apporte un supplément de rêve.

« Nous sommes deux astronautes dans un vaisseau spatial, n’est-ce pas merveilleux ? » Je lui dis ça tous les jours.

Invariablement, il me répond :  » je suis cuisinier et je sers les passagers »

Alors, je lui réponds :  » vous êtes cuisinier dans un vaisseau spatial. Ne l’oubliez pas !  »

Hier, il a rajouté « si vous voulez ! Vu sous cet angle, c’est vrai que c’est plus agréable. »

Je crois qu’il est mûr pour le face à face ! En tout cas, il ne faut pas que je tousse quand il passera, sinon, ça sera foutu mes tentatives de rapprochement.

3 avril

Mon froussard, je crois que j’ai réussi à le transformer en héros intergalactique. Chaque jour, j’ouvre la porte, je lui demande dans combien de temps on arrive sur terre et je lui souris. Il rit et me répond : « un jour de moins qu’hier ! » Ça va …il joue le jeu… ce n’était pas gagné d’avance…

Pour supporter l’immobilité, je sors la nuit. On ne m’a pas enfermée à clé heureusement ! Je marche, je marche…je surveille pour voir si y’a personne…y’a personne…tant mieux ! Ils sont disciplinés sur ce rafiot…tant mieux !

Je regarde les étoiles…je marche…je vis la nuit et somnole dans la journée. J’ai quand même rencontré l’astronaute près de la piscine. Heureusement que je l’ai mis dans ma poche, celui-là…je lui ai demandé de garder le secret sur ma présence dehors. Il a accepté. Apparemment, il tient sa promesse. Il ne faut pas que je tousse quand je le croise, c’est tout !

Claudie Rouzier
— Atelier Extra! 2020

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